

Béatrice Utrilla
2020
A l’intérieur, dedans, entre les murs, longtemps … nous entretenons avec nos lieux de vie de nouvelles relations. Nous les habitons différemment, nous nous y déployons et y projetons nos propres paysages intérieurs, ceux qui Nous habitent.
C’est cette intimité nouvelle avec nos « home », que Béatrice Utrilla s’approprie et questionne. Elle capte des images familières de portes et fenêtres, de couloirs, d’escaliers vides, où seules vivent des plantes d’appartement telles des sentinelles, derniers témoins d’un temps révolu. A partir de ces fragments elle recréé des univers, d’autres paysages, d’autres histoires.
L’instant est suspendu, le silence est immense, il n’y a pas de courant d’air.
Ses photos d’intérieurs vides possèdent la beauté improbable de celles que l’on a oubliées, comme ces plantes qui se mettent soudain à exister pour d’autres qu’elles-mêmes.
Les motifs qui tapissent nos murs nous envahissent ou nous engloutissent, remplissent les vides et demeurent, se révèlent, se réveillent.
Béatrice Utrilla veille, elle observe et recueille des traces de vie, redessine avec elles les contours intérieurs de nos imaginaires et nous appelle à un voyage introspectif et philosophique.
L’Homme s’est momentanément absenté de ces intérieurs vides où il cultive des plantes tropicales trans-plantées et dé-naturée. L’appartement, l’immeuble, la rue, la ville sont autant de limites qui bordent nos regards et nous renvoient au cadre, à l’image photographique que l’artiste recrée avec les indices laissés sur place.
Béatrice Utrilla joue avec les limites pour mieux cerner l’essence qui anime le réel et dont chacun, à sa façon, est détenteur.
Sylvie Veyrac
Alain Josseau
« A partir du moment où il y a des images, il y a du faux … » Alain Josseau
Alain Josseau interroge depuis de nombreuses années notre rapport à la réalité, à la vérité, aux faux semblants, aux vrais simulacres. Il utilise notamment des images de guerre, de vraies fausses images, des vues issues de séquences filmées à l’aspect authentique, recueillies via les réseaux sociaux et les médias.
Dans la série DECEPTION, l’artiste utilise des photos faussées ayant toute l’apparence de la vérité, tirées d’un tweet du ministère de la Défense russe. Ces images constituent la matière première que va utiliser l’artiste pour bâtir son œuvre. S’interdisant toute intervention ou manipulation informatique, il recrée, à partir de l’image subterfuge, une maquette (diorama) travaillée pour apparaître aussi vraie que la fausse scène initiale qu’il va ensuite intégrer dans une mise en scène artificielle. Le fond vert systématique et omniprésent est une référence à la technique d’incrustation par chrominance qui permet d’incorporer dans une même image des objets ou sujets photographiés ou filmés séparément.
Le vert substituable à l’infini est aussi celui qui absorbe le réel, la réalité tragique de la guerre disparait dans une prairie monochrome, les termes militaires expriment d’ailleurs une réalité cinématographique. L’art opératif entre stratégie et tactique militairese situe au niveau du théâtre d’opérations et génère des scènes de guerre, dont on ne sait si les images appartiennent à la réalité, s’apparentent à de la propagande, servent des stratégies de désinformations ou répandent le faux par jeu ou par goût du fake.
Guerre, simulacre de guerre, jeux de guerre, entretiennent plus que jamais des liens indissociables. Manœuvres militaires filmées dans des décors dignes de studios Hollywoodiens construits en plein désert – théâtres d’opération fictifs ou dispositifs de réalité virtuelle au sein de décors en images de synthèse pour entraînement militaire réels, jeux vidéo … toute la gamme du faux est idéalement servie par les technologies actuelles de traitement de l’image.
A travers ses sublimes dessins à l’encre, acrylique et crayon, étape finale du processus inversé de reconstruction réelle d’une fausse réalité, Alain Josseau, en écho à l’histoire de l’art et ses extravagantes et grandioses scènes de guerre, évoque une autre guerre, celle des images et esquisse les contours de l’ère de la virtualité établie comme réalité première.
Sylvie Veyrac