

Maria Barthélémy et René Sultra
Le laboratoire-atelier de René Sultra et Maria Barthélémy est à la fois réel et virtuel à l’instar de leurs recherches-créations. Les œuvres montrées en un lieu et un temps donnés sont généralement le point d’avancement d’un processus en cours d’évolution.
Ce travail sur l’image photographique initié dans les années 90 se transforme et s’enrichit au fil des expériences, réflexions et rencontres. De nouvelles et multiples technologies y sont détournées plutôt qu’utilisées pour des créations aussi surprenantes qu’intelligentes, questionnant sans relâche notre relation à l’image, le rapport de l’image au réel et notre propre perception du monde tangible.
Tissage industriel déroulant une histoire à la fois image et code, écrans tissés dynamiques, foulards imprimés de paysages virtuels dévoilés ou roulés, fresque murale, panneaux pixelisés, films ovnis pourvoyeurs d’images, superpositions, connexions, aberrations visuelles, plages colorées d’images décortiquées, juxtaposées, retravaillées jusqu’à la révélation/apparition d’une œuvre ou extraites des processus en cours …
A l’origine des œuvres, précédant la matière, les matrices ou les outils utilisés, préexistent deux monologues artistiques, alimentés par l’état d’alerte permanent auquel se soumettent les deux artistes et sous-tendus par l’énergie et la curiosité que suscite précisément cet état de veille. Ces flux de pensée se nourrissent mutuellement et donnent finalement lieu à de multiples connexions, échanges et résonances pour aboutir aux expériences d’où naîtront les œuvres.
Dans cet univers artistique où tout semble être un jeu philosophique autant que sociologique, les deux artistes génèrent sans cesse de nouveaux codes venant augmenter leur vocabulaire commun. La densité et la richesse du propos entraînent Maria Barthélémy et René Sultra dans un questionnement perpétuel et dynamique, encourageant continuellement l’invention de nouvelles formes et stratégies de création.
Sylvie Veyrac
Philippe Lamy
Philippe Lamy donne corps à la couleur dans la profondeur de la matière. L’artiste intervient sur ses toiles dans un continuum où chaque couche de peinture vient enrichir la précédente provoquant l’incident minuscule qui se transformera finalement en crevasse, sillon ou relief.
L’intensité et la nature de la couleur se modifient suivant les réactions résultant des processus de dépôt, de coulure, d’accumulation et de séchage de la peinture. Ainsi s’élabore la toile, vaste champ coloré dont la monochromie apparente se fragmente et se disperse dans chaque détail. Ces infimes paysages en recèlent beaucoup d’autres et s’imposent au regard comme une mise en abîme aléatoire de la peinture. La lumière emprisonnée dans leurs épaisseurs en révèle les innombrables nuances.
Le cœur de l’atelier bat au gré des tempos impulsés par les interventions de l’artiste sur ses toiles. Par intervalles, la couleur déborde et envahit sol, murs et objets. Le volume de l’atelier se vit alors comme un prolongement de l’espace de la toile jusqu’à l’interruption, la reprise ou l’achèvement du travail. Succède le silence…
Aux cycles d’apaisement pourrait correspondre le temps des dessins. Les graphismes de l’artiste relèvent d’un patient travail d’observation et de structuration du sujet. Le trait, agile et précis, ne saurait se définir sans celui qui le précède, lui-même appelant le suivant dans un mouvement ininterrompu visant à l’accomplissement de l’ensemble.
La contemplation de ces œuvres graphiques fascine. Le spectacle de la lente stratification de la matière colorée sur la toile aspire et absorbe. Quelque part entre présence absolue et absence souveraine, Philippe Lamy, grâce à l’incontestable et immense maîtrise de son art, nous invite à un voyage expérimental aux confins de la peinture et du dessin.
Sylvie Veyrac