

Michel Cure
Chez Michel Cure, les jours, les mois, les années et la peinture s’écoulent paisiblement. Immuables sont la douceur des couleurs, la palette raffinée, les textures délicates, les aplats profonds et les transparences sublimes. La peinture devient caresse du temps et le temps imprègne chaque toile de sa lumière propre. L’instant du tableau est tout à sa présence. Fragment d’éternité captif d’un champ sans limites, chaque toile ouvre vers d’autres possibles.
Les séries de portraits côtoient sans rupture les grandes toiles abstraites sur châssis ; les toiles libres de plus petit format, les dessins d’après modèles. Naturellement.
Le propos n’est ni figuratif ni abstrait ou les deux à la fois, il est simplement la peinture, la sérénité faite peinture, le calme puissant et sensible de la confiance primitive. Le sourire de l’ange.
Un même visage est plusieurs fois soumis à l’exercice de la peinture, angle et lumière diffèrent de l’un à l’autre. Des formes et des couleurs existent, cohabitent, s’effacent, réapparaissent, toujours elles, jamais les mêmes, le temps encore et toujours… œuvre après œuvre, année après année, toute la peinture est là, quelle histoire ! Dire à la fois la densité du silence et sa légèreté, sans rien dire.
Voir ces toiles, les regarder ou les respirer, peut-être les écouter, en tout cas s’accorder avec elles, se laisser faire. Tout peut arriver. Tout arrive.
La peinture de Michel Cure c’est comme s’il neigeait. Surement, doucement, le recouvrement, la perfection dans l’imperfection, le bruissement, l’apaisement, l’euphorie intérieure, l’émoi. Encore et encore, l’on désire cette peinture comme l’on souhaite que jamais ne cesse la neige.
Sylvie Veyrac
Véronique Barthe
Véronique Barthe a une façon bien à elle de jouer sur les mots. Ses images relèvent tantôt du slogan, tantôt du calligramme, parfois du pictogramme, avec toujours le souci du détail typographique et de la mise en page graphique tendant vers l’équilibre abstrait des plages colorées.
La lettre, le mot, l’association, la répétition ou l’agencement des mots sont autant de signes signifiants. Un savant dosage de poésie, d’humour, d’humeur, de sociologie et de philosophie, l’air de rien, à petite touche sans y toucher, Véronique Barthe construit son langage propre et nous révèle un univers artistique drôle et grave, ludique et caustique, léger et profond.
Lettres rébus, comptines contemporaines, mots à tiroirs, envers des mots, jeu de miroir, sens dessus dessous et sens de l’à-propos figure de style, et stylisation d’images… toute une panoplie sémantico-stylistique que l’artiste utilise avec maestria pour nous régaler de perles linguistiques et graphiques.
Les œuvres de Véronique Barthe s’apprécient comme autant de gourmandises, elles sont savoureuses, riches, sucrées ou salées, toujours délectables, parfois amusantes, souvent délicates, jamais ennuyeuses.
L’esprit et l’œil du spectateur sont délicieusement sollicités par la lecture de ces images aux sens cachés, aux jeux de devinettes, à l’humour trompeur et aux mises en forme révélatrices. D’une image à l’autre, l’artiste nous entraîne vers le décryptage de son univers artistique et mental, dévoilant progressivement une œuvre dont les dimensions s’exportent bien au-delà du champ strictement plastique ou conceptuel.
Sylvie Veyrac