2022

Cécile Lamy

Cécile Lamy grimpe aux arbres. Vit parfois plusieurs jours dans un arbre. S’imprègne du mouvement et de la vie des arbres. Intensément…

L’approche se fait progressivement et commence par le choix de l’arbre : l’espèce à laquelle il appartient, son nom, Hêtre, Tremble, Chêne, Erable, Platane… sa capacité morphologique et physiologique à accueillir l’artiste grimpeuse. Il y a aussi, de l’aveu même de l’artiste « quelque chose de l’ordre de l’attrait, une singularité qui m’attire, me donne envie de grimper, d’aller à la rencontre de cet arbre. Quand je vois certains arbres, peu importe leur essence ou leur taille ou leur santé, j’ai envie de grimper dedans. Cela peut être de l’ordre du coup de cœur esthétique, mais aussi un agencement de branches particulier qui me donne envie de l’appréhender avec mon corps, de faire l’expérience de la chorégraphie que mon corps va exécuter pour se déplacer dans cet arbre là. » 

Vient ensuite une phase d’apprivoisement mutuel, il s’agit de faire connaissance avant la traversée. Si l’installation de cordages et d’accroches accorde un temps supplémentaire avant la grimpe et procure une expérience différente, plus aérienne, une grande partie des grimpes de l’artiste se déroulent pourtant à bras-le-corps, avec un contact direct avec l’arbre.

Pénétrer le corps de l’arbre, progresser sur les branches, percer son feuillage, tendre vers la cime dans un corps à corps intégral, exaltant, périlleux. Eprouver le frémissement du vent dans la ramure, sentir la lumière du soleil jouer avec ses feuilles, les éclats de la lune, le bruissement de la nuit, les oiseaux, le ciel par intermittence, saisir la poésie propre à cet arbre-là.

Dans le tourbillon de l’énergie ascensionnelle, à travers cette expérience immersive, Cécile Lamy reçoit les vibrations de ces vivantes sculptures, nos pairs les arbres. La sève au cœur, la peau d’écorce et de mousse, ces sages guident la main de l’artiste.

Les dessins de Cécile sont inspirés. Les lignes tracées au charbon de bois se chevauchent et se consument dans la fougue du trait. Des œuvres se déroulent parfois du haut vers le bas, suspendues et flottantes, délicates oriflammes soumises au souffle des airs.  D’autres transportent les mots de l’artiste, ceux qui ont émergés de l’aventure et ceux qui l’ont nourri, ou révèlent, à travers la fragilité du trait, la fréquence vibratoire de l’arbre sujet. Les poèmes de Cécile, comme ses dessins, incarnent le partage généreux d’une expérience personnelle, ses œuvres nous rappellent à nos racines et nous emmènent à la lisière des rêves, dans l’étoilement des arbres. 

Sylvie Veyrac


Vincent Fortemps

Un jour de flânerie en librairie, un petit livre aux noires transparences intitulé Barques a attiré mon regard. J’y ai trouvé un univers insoupçonné. Sauvage, libre, fort. Les dunes livrées au vent, les herbes farouches, la mélancolie pénétrante, une beauté rare, un cadeau.

Un autre jour, quelques années plus tard, au festival de la bande dessinée d’Angoulême, parmi des milliers de livres, dans le brouhaha et la foule du salon, l’ouvrage de Vincent Fortemps Par les sillons a fait resurgir la même émotionet un grand silence. 

Vincent Fortemps, travaille ses matières avec spontanéité et justesse parvenant à révéler la réalité vibrante des scènes et paysages. Dans ses ouvrages, chaque planche issue d’une narration se suffit à elle-même et porte intrinsèquement une forme d’immensité. Il y a quelque chose dans ses œuvres qui est de l’ordre de l’oubli, de la fascination, de la mémoire aussi.

L’extrême sensibilité des textures et du trait, la densité des noirs, la richesse des grisés, l’intuition des blancs, la caresse des estompes, les griffures et ratures font apparaître le sujet tellement vivant ou fragile ou puissant…

Souvent à la limite de l’abstraction, le travail de Vincent Fortemps est criant de vérité brute, émouvant : ses oiseaux, perchés sur un brin d’herbe ou sur un nid, sont des êtres légers, doux, simples, au petit corps chaud et fragile. Leur présence est palpable, touchante et pourtant ils viennent d’ailleurs.

Résurgences apparues des profondeurs d’un monde, brouillard, landes désolées, paysages lacérés, matières malmenées, Vincent Fortemps nous invite à pénétrer des contrées dont la quintessence habite les débris.

Sylvie Veyrac